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Le Blog de Marcus Da Writer

DAKAR NE BOSSE PAS

11 Octobre 2013 , Rédigé par Da Writer Publié dans #Le mot de l'Observateur

J’emprunte le titre de cet article à une émission éponyme, récemment lancée au pays de la Téranga, pour montrer que cette conclusion n’est pas seulement la mienne. Nafissatou Dia Diouf, auteure de Sociobiz, n’est pas celle qui me contredira. En effet, Dakar ne bosse pas. Même si cela est triste à dire, n’en demeure pas moins que c’est aujourd’hui une lapalissade. Mais pourquoi Dakar ne bosse-t-elle pas, alors que, de l’élève du primaire, jusqu’au Président de la République, l’on sait tous que le pays va mal, et qu’il a besoin de bosseurs ? Voilà une question pertinente que l’on devrait poser aux dakarois, juste pour savoir ce qu’ils pensent de ce problème que l’on ne nie même plus. Pour peu que l’on accepte de faire une analyse objective, une sincère introspection, un véritable questionnement, l’on comprendrait les causes profondes de cette léthargie qui gagne le dakarois. Impossible de les résumer en un seul mot ou une seule phrase. Elles se situent à tous les niveaux, depuis l’élève du primaire, jusqu’au Président de la République. Si un travail doit être fait pour changer cela, il faudrait aller de la base à la tête.

Une émission, ainée de celle précitée, nous montrait déjà, avec une fierté non feinte, du reste, que Dakar (comme pour la comparer à New York) est une ville qui ne dort pas. Je soupçonne d’ailleurs les créateurs de « Dakar ne Bosse Pas », d’avoir parodié la première émission. Mais il fallait y penser ! Pour une ville qui ne dort pas, cela va de soi qu’elle aura du mal à bosser ! L’on ne compte même plus le nombre de fêtes qu’il y a par semaine dans la ville : baptême, mariage, anniversaire, soirées de tout genre, sans compter les grandes fêtes. Le folklore, on aime bien cela, mais dès qu’il s’agit de bosser, l’on devient soudainement paresseux.

Ici, à Dakar, au Sénégal, et même en Afrique, devrais-je dire, on aime bien imiter ce qui vient d’ailleurs. Par « ailleurs », entendez des Etats-Unis et de la France. Les autres influences sont beaucoup trop négligeables pour être mentionnées. A dire vrai, nous n’imitons que les Etats-Unis, puisque les français eux-mêmes copient en bien de points, sinon en tout point, les américains. Les concepts tels que l’authenticité culturelle, le patriotisme, et autres, ne sont concevables que dans la pensée –et de qui ? La réalité est que nous sommes des pantins, des ersatz des occidentaux. Nous ne sommes même pas capables de copier comme il se doit. Alors, si Dakar ne dort pas, et ne bosse pas, eh bien, c’est la faute à New York !

Mais sait-on au moins pourquoi New York est surnommée « la ville qui ne dort jamais » ? A-t-on, ne serait-ce une fois, cherché à le savoir, ou bien nous contentons-nous simplement de ce que nous montrent Hollywood ? Car, c’est bien ce que films et autres clips américains nous montrent ; que les étatsuniens sont des fêtards, des gens qui ne savent rien faire d’autres de leur vie que faire la fête, se droguer, et coucher entre eux. Les émissions comme « Mon Incroyable Anniversaire », viennent nous conforter dans cette pensée. Mais est-ce vraiment la réalité ? Sinon, comment expliquer qu’ils soient si avancés sur les plans technologiques, socio-économiques, culturels, infrastructurels et même politiques ?

Je vous rassure. Ce sont des êtres humains comme vous et moi, qui ont les mêmes besoins, et connaissent les mêmes peurs que nous. Superman, Spiderman, Batman et autre man, ne sont que des inventions. Si les américains arrivent à réaliser certaines choses que, vues d’ici, nous trouvons extraordinaires, cela n’est dû qu’à une seule chose : le travail, et rien que ça. Et si New York est surnommée la ville qui ne dort jamais, ce n’est pas parce que les new yorkais sont toujours en boites de nuit, à danser, mais plutôt parce que les activités ne manquent pas. Or, ici, lorsque Dakar ne dort pas, c’est qu’elle est en boite de nuit. Il faudrait peut-être repenser notre « Dakar ne dort pas », afin que notre Dakar puisse enfin commencer à bosser. C’est aujourd’hui plus urgent que jamais.

Je parlais d’une introspection au début de ce billet : eh bien, faisons-la. Après avoir dégagé la responsabilité des autres – si l’on peut l’appeler une responsabilité -, il est opportun de voir en quoi nous-mêmes sommes coupables du fait que Dakar ne bosse pas. Quelle est objectivement notre responsabilité ? Voilà une autre question importante.

Hier, j’avais un rendez-vous avec le chef d’une entreprise ; une boite relativement grande. Déjà que cela avait été galère d’obtenir ce rendez-vous car, ici, il suffit que vous ayez un bureau et un revenu mensuel, pour être injoignable ; mais en plus, j’ai dû passer l’une des pires journées de ce mois. Le rendez-vous était fixé à 10 heures. J’y étais à 9h45, car j’avais d’autres personnes à voir, et je voulais également faire bonne impression. En vérité, j’avais des courriers à déposer dans onze entreprises, et rencontrer trois personnes importantes (pour moi). J’avais fait mes calculs, et je savais que je pouvais y arriver. Pour la peine, j’ai même sorti mon scooter, histoire d’aller plus vite. Mais à ma grande surprise, j’étais le premier sur les lieux. Seul le gardien était là ; mais lui y avait surement passé la nuit. Vu qu’il était prévu que j’allais commencer par cette entreprise, et cet homme, j’ai donc décidé d’attendre. La secrétaire est arrivée à 11 heures moins, avec comme excuse qu’elle devait déposer ses enfants à l’école, avant de se rendre au bureau. Elle le fait tous les jours, a-t-elle dit. L’homme que j’étais venu voir n’était toujours pas là. Et vous pensez que la dame m’a demandé ce qui en ces lieux m’amenait ? Que nenni ! Elle est plutôt allée se caler dans son fauteuil pour, surement, se connecter sur Facebook, discuter sur Skype, ou voir les news sur Twitter –bien que je doute qu’elle maitrise ce dernier outil. L’homme est finalement arrivé. J’ai regardé ma montre : il était 11h52. Une heure et cinquante-deux minutes de retard ! Dites-vous que pour un sénégalais, cela est tout à fait normal.

Je me dis que ce n’est pas bien grave, mieux vaut tard que jamais, bien que je sache que cinq courriers auraient pu être livrés pendant ce temps perdu. Je vais donc parler à la dame (la secrétaire), pour savoir si, maintenant que l’homme est là, je peux le voir. Et la bonne dame de me dire que le monsieur a une réunion à 12 heures, et qu’il ne sera disponible qu’à partir de 15heures, après la pause. Evidemment, là je suis un peu énervé, car si elle me l’avait dit plus tôt, je serai parti vaquer à d’autres occupations. Je lui fais savoir en quoi consiste la tâche d’une secrétaire ; et pour se défendre, elle me rejette la faute, me disant que j’aurais dû savoir que les rendez-vous à 10 heures, ça ne se fait nulle part, car le patron vient tous les jours à 12 heures moins, et qu’elle-même n’est pas disponible avant 11 heures. Bien sûr ! Il fallait que je comprenne et accepte qu’il y a l’heure mondiale, et l’heure sénégalaise ou africaine, c’est selon.

Là, je me dis : dans un pays où les activités commencent à partir de 12 heures ; les pauses se prennent de 14 à 15h30 –selon ce qui est noté, mais pas ce qui se fait - ; et le boulot se termine à 18 heures ; comment espérer que les choses avancent ?

L’on a l’habitude de me faire ce reproche : je suis trop perfectionniste, trop pointilleux, trop barbant, et surtout trop naïf, parce que je pense qu’un travail doit toujours être un travail bien fait, qui respecte les temps ; et qu’à chaque fois qu’une tâche est accomplie comme je le souhaite, je demande toujours d’abattre un autre travail, pour gagner du temps. L’on me dit que j’en fais toujours trop, parce que je vais chercher jusqu’à la petite pépite anormale, pour que le client soit satisfait, et moi avec lui. Pour cela, je suis considéré comme un robot, un sadique, une personne qui n’a pas de vie etc…

Aujourd’hui, l’incorrect est devenu la règle, et l’exception, c’est ce qui est correct… enfin, selon moi. Faites quelque chose de normal : venez à l’heure, respectez les temps de livraison, ou demandez à ce qu’un travail soit parfait, et vous verrez la manière dont les gens vous regarderont. Cette attitude m’a toujours mis en mal avec les différentes équipes avec lesquelles j’ai eu à travailler. Cela a commencé à l’école, avec les exposés de groupe, que je voulais toujours parfaits, cependant que mes camarades disaient se contenter d’une note acceptable ; et s’est poursuivi, malgré moi, jusqu’à ce jour, ce qui me rend anormal, étrange, et pressé, dans un monde où tout le monde prend son temps, et fait de son mieux, pas plus.

Au Japon, il est interdit de répondre à son téléphone mobile pendant le service. En Chine, vous pouvez vous faire renvoyer, juste parce que vous avez été surpris sur un réseau social, ou en train de discuter avec un ami pendant les heures de travail. En Taiwan, même lorsqu’on ne les regarde pas, les employés font leur travail à 100%, parce qu’ils veulent mériter leur salaire. Et ce n’est qu’en Asie. Dans la plupart des pays qui connaissent un essor considérable, c’est ce qui se passe. Les gens travaillent. Ils savent au moins faire la différence entre heure de boulot et heure de relaxation. Ils se tuent au travail, pour mériter leur repos. Mais ici, c’est le contraire. L’on se repose pendant les heures de boulot. Cela commence depuis l’enfance, à l’école, dormir en classe, et se poursuit jusqu’à l’Université, puis au travail. Rédiger une simple lettre administrative, devient quelque chose de barbant, d’impossible pour certains. Arriver à l’heure, un véritable exploit. Il n’y a qu’à voir les lettres de demande d’emploi, l’accoutrement et le parler des jeunes fraichement sortis de l’Université, pour comprendre que l’heure est grave. L’on dit vouloir se « développer », tout en étant paresseux, et refusant de mettre la main à la pâte. Si Dakar ne bosse, ce n’est ni la faute aux films et clips américains, ni celle des études trop barbantes, ou encore des parents qui n’initient pas leurs progénitures à cela, et ne leur inculquent pas les valeurs du travail. Si Dakar ne dort pas, c’est entièrement notre propre faute. Nous ne connaissons pas la véritable valeur du travail, et pensons que les autres feront toujours tout à notre place. Prions pour que les nouvelles générations ne soient pas victime de cette léthargie.

Da Writer.

Un héritage assumé, c'est un héritage que l'on enrichit à chaque génération.

Falwine Sarr

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Aimable01 03/03/2014 00:57

Si seulement il y'avait une centaine de jeunes dakarois qui pensaient comme tu le décris dans ces lignes et poussaient leurs proches à le faire, on évoluerait plus. Tu as une vision claire et large des choses, des valeurs et des engagements louables. Franchement chapeau et bravo à toi. Je ferais de mon mieux pour ne plus dormir en classe ;)