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Le Blog de Marcus Da Writer

LETTRE A NELSON MANDELA : TU ME MANQUERAS, GRAND-PERE MADIBA

6 Décembre 2013 , Rédigé par Da Writer Publié dans #Récits & Nouvelles

RIP Grandad Madiba

RIP Grandad Madiba

Cher Grand-Père Madiba,

Je suis navré d’avoir attendu ton départ pour t’écrire cette lettre. En fait, j’aurais préféré te dire en face tout le bien que je pense de toi, après que nous eussions échangé une bonne poignée de main, et que tu m’eusses souri tendrement. Malheureusement, le temps ne m’a pas donné le temps de réaliser ce rêve que j’ai toujours nourri en secret. Te voilà aujourd’hui parti retrouver ta place auprès des anges. Te voilà parti après tant d’années passées à croire en une humanité meilleure. Autant je suis triste de te savoir parti, autant je suis heureux pour toi, car ce monde ne te méritait plus. Comme tu l’avais toi-même dit, dans ton ouvrage Pensées pour moi-même : « Ce qui compte dans la vie ce n’est pas seulement d’avoir vécu. C’est la différence faite dans la vie des autres qui définit le sens de la vie que nous avons menée. » Et toi, grand-père Madiba, tu as changé la vie de tout un peuple. Ce n’est que justice, si le ciel a décidé de te reprendre. Puisse-tu connaitre la paix éternelle, et puisse le souvenir de ton combat traverser les générations à venir.

J’ai appris ton départ alors que je venais de sortir d’un long sommeil. Il m’a d’abord paru être une mauvaise blague, comme les gens ont pris la fâcheuse habitude d’en faire. Je me suis dit que cela n’était pas possible. Tu ne pouvais pas être parti ; pas maintenant que je me trouvais si près de toi. Il y a quelques jours, en apprenant que je devais me rendre à IRiphabliki yaseMzantsi Afrika, je me suis dit que la Providence me donnait peut-être là une chance de réaliser ce rêve que je nourrissais depuis si longtemps. Peut-être, pensais-je, que j’allais pouvoir t’approcher, te voir, et à défaut d’une poignée de main, avoir droit à un sourire tendre. Mais hélas, te voilà parti, ce Jeudi 5 Decembre 2013. Tu ne nous as pas quittés, non ! Tu as juste pris un grade de plus. Tu es allé là où il te sera plus facile d’inspirer davantage de personnes, dont moi en premier. Ce corps dans lequel tu te trouvais était épuisé. Il avait besoin de repos, et tu le savais plus que quiconque. De ce fait, ton départ n’est que justice, grand-père Madiba.

Je ne sais pas si je dois me réjouir de voir autant de gens touchés par ton départ, ou si, au contraire, dois-je m’en offusquer. Je sais que cette attention internationale n’est que la preuve que ton nom a transcendé les frontières, en se répandant à travers le monde, et même jusque dans le foyer de certaines célébrités. Mais, vois-tu, grand-père Madiba, je ne crois pas que tous ces gens ont compris la perte que ton départ représente pour le monde, plus particulièrement pour l’Afrique et sa jeunesse. Lorsque je vois une supposée célébrité confondre ton ouvrage Un long chemin vers la Liberté, avec le célèbre I Have a Dream du feu Révérend Martin Luther King Jr, je me dis que peut-être le monde ne te connait en fait que de nom. Certes, l’on pourrait lui pardonner cette erreur, ou ce lapsus – si c’en est un – car, tout comme le Rev. Martin Luther King, tu t’es battu pour une cause qui dépassait ta seule personne. Mais, Grand-Père Madiba, bien que j’aie énormément de respect pour le Rev. Martin Luther King, je ne peux te comparer à lui. Vous avez tous deux menés de grands combats, et vous êtes tous deux des modèles pour la jeunesse que je représente ; mais à mes yeux, tu es mon Grand-Père Madiba, ce qui fait toute la différence.

C’est triste de le dire, et cela pourrait sembler aberrant pour certains, mais force est de croire que le monde ne te connaissait pas, toi dont le nom a fait le tour du globe. Il connaissait ce nom « Nelson Mandela » qui, au fil des années, était devenu une marque déposée, un patrimoine mondial, un emblème ; mais il ne connaissait que très peu, voire pas du tout, la personne derrière ce nom. De toi, le monde gardera le souvenir d’un homme qui s’est battu pour éradiquer l’Apartheid, et qui a passé 27 années de sa vie en prison afin de voir ce rêve devenir une réalité. Et pourtant, tu étais bien plus que cela, d’autant plus que tu n’avais pas été tout seul dans ce combat pour la Liberté. Si, plus que ceux des autres, c’est ton nom qu’on scande : « Nelson Mandela », c’est bien parce qu’au-delà de cet homme, qui a passé 27 années de prison, tu représentais l’Espoir de tout un peuple. Ta résilience était la force de ce peuple-là. Alors que tu aurais pu céder, baisser les bras, refuser d’abandonner ta famille pour des gens qui, à cette époque-là, n’épousaient pas encore la cause pour laquelle tu te battais, tu as choisi d’être fort et de rester ferme. Là se trouve tout ton mérite, grand-père Madiba. De nombreuses personnes ont été emprisonnées pendant plus de 27 ans, mais ce n’était pas pour une cause qui dépassait leur seule personne. De ce fait, elles ne pourront jamais comparer leur expérience à la tienne.

Je me souviens encore de ces quelques mots que tu avais prononcés le 23 Avril 1964, devant le tribunal des hommes qui t’accusaient de sabotage, de trahison, et d’atteinte à la sureté de l’Etat. Ce jour-là, tu avais dit, en guise de dernier mot : « Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J'espère vivre assez pour le voir advenir. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

En effet, grand-père Madiba, tu étais prêt à mourir pour cet idéal. Combien de personnes aujourd’hui sont prêts à mourir pour leur idéal ? Tu écrivais, dans ton livre Conversation avec moi-même que : « souvent, les révolutionnaires d’autrefois ont succombé à l’appât du gain, et se sont laissés prendre à la tentation de confisquer des ressources publiques pour leur enrichissement personnel. » Hélas, grand-père Madiba, c’est encore dans cette Afrique-là que nous vivons aujourd’hui. Voilà pourquoi tu n’avais plus ta place parmi nous. A mon sens, tu étais un africain du futur, pas de ce présent morbide. J’espère juste que la jeunesse que nous sommes le verra comme tel, et prendra exemple sur toi et les grands hommes qui aurez écrit l’histoire de notre continent.

Aujourd’hui, partout dans le monde, les gens t’élèveront sans doute à des niveaux supérieurs à celui du simple être humain. Je ne saurai les appeler à ne pas le faire car, tu le mérites bien, grand-père Madiba. Seulement, je pense qu’il ne faudrait pas, en voulant trop bien faire, tomber dans le dithyrambique, en te désignant en ces termes qu’avait jadis utilisé Pilate : Ecce Homo. Les hommes tombent parfois trop vite dans la démesure lorsqu’ils veulent plaire ou montrer qu’ils se soucient. Or, de telles louanges outrancières risqueraient de faire croire aux générations à venir que tu étais un mythe, un saint, voire un surhomme. Tu n’étais rien de tout cela, encore moins un saint ; et c’est d’ailleurs là où réside tout ton mérite. Tu disais toi-même, parlant de ton parcours : « Je n'étais pas un messie, mais un homme ordinaire qui était devenu un leader en raison de circonstances extraordinaires. » Au vu de ce que tu avais accompli, ce n’était que sagesse de faire fi de tes frasques d’être humain, et pour cause ! Ce pour quoi tu avais sacrifié vingt-sept années de ta vie était beaucoup plus important que les fredaines que de mauvaises langues se plairaient certainement à rappeler. Mais je les comprendrai, car ils n’auront pas connu l’homme derrière Nelson Mandela. Le savais-tu, lorsque tu écrivais : « N’oublie pas qu’un saint est un pêcheur qui cherche à s’améliorer » ? Savais-tu qu’il y aurait des gens qui chercheraient à ternir ton image, en te rappelant le passé ? Je pense pour ma part que tu le savais, ou du moins, tu le devinais, vu que tu avais appris à connaitre les hommes. Ils ne diront certainement pas qu’à cette époque-là des années 40, lorsque tu faisais encore partie des « jeunes turcs » de ton parti, tu n’étais pas encore le sage qui, une génération plus tard, préférera le pardon à la vengeance, et appellera les uns et les autres à pactiser, afin de créer ce pays arc-en-ciel qu’est l’Afrique du Sud. Tu as dit, je m’en souviens, que : « des gens courageux ne craignent pas le pardon, au nom de la paix ». Et c’est ce que tu avais fait, à ta sortie de prison : pardonner.

Voici l’homme que le monde a perdu aujourd’hui ; l’homme que tu étais, grand-père Madiba. Je ne t’ai connu que de loin, à travers tes écrits et les vidéos de tes discours ; mais je t’ai tout de même connu, peut-être même mieux que certains parmi ces gens qui t’ont accompagné tout au long de ta vie. Tu m’as appris tant de choses, comme la croyance en un idéal, et le don de sa vie pour cet idéal. Tu m’as aussi appris que le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. Tu m’as prévenu que les hommes qui prennent de grands risques doivent s’attendre à en supporter les conséquences ; et tu m’as dit que l’éducation est notre arme la plus puissante pour changer le monde. Tu m’as tant appris, grand-père Madiba, et tu continues de le faire aujourd’hui encore. Lorsque j’ai découvert, à l’âge de 10 ans environs, que tu étais né un 18 Juillet, alors que moi je suis né deux jours avant, un 16 Juillet ; je me suis aussitôt que nous avions des destins communs, et je n’ai cessé de le croire depuis lors.

Cher Grand-Père Madiba, tu auras été pour moi un héros, un leader, un modèle, un mentor, un ami, un frère, un père, et un grand-père. Permets-moi de te paraphraser et dire que nous travaillerons ensemble pour soutenir le courage là où il y a la peur, pour encourager la négociation là où il y a le conflit, et donner l’espoir là où règne le désespoir. J’en fais le serment. C’est un héritage que tu me lègues, et je promets de toujours donner le meilleur de ma personne pour le perpétuer. Ton combat était grand, plus grand que ta seule personne, et tu l’as mené avec brio. Tu as fait ta part, et tu m’as montré le chemin à suivre pour faire la mienne. Je t’en remercie grand-père Madiba. Avant d’écrire cette lettre, je relisais ce poème que William Ernest Henley avait écrit en 1875 sur son lit d’hôpital, pour résister à la douleur consécutive à son amputation du pied. Invictus, s’intitulait ce poème que tu aimais tant. J’en ai retenu les deux derniers vers, et en est fait un crédo : « Je suis le maître de mon destin / Je suis le capitaine de mon âme ».

A présent, tu peux te reposer en paix, Grand-Père Madiba. Aussi longtemps que je vivrai, je veillerai à ce que ce pour quoi tu t’es battu ne tombe jamais dans l’oubli. Je veillerai à poursuivre ton combat, et aller plus loin que tu ne l’as été. Va maintenant ! Va retrouver ta place auprès des anges, grand-père Madiba. Puissé-je avoir autant de force, de courage, de détermination, et de grandeur de cœur que toi. Tu n’étais pas parfait, et moi non plus ; mais tu as appris à le devenir au fil des ans. Je souhaite seulement en faire autant, et laisser, tout comme toi, ma marque dans ce monde.

Tu me manqueras, grand-père Madiba.

Da Writer.

Death is something inevitable. When a man has done what he considers to be his duty to his people and his country, he can rest in peace.

Nelson Mandela

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Commenter cet article

Sokhna 07/12/2013 14:57

Il faut rendre à César, ce qui est à César, certes, Nelson Mandela fut un grand homme mais vous aussi cher Monsieur, vous êtes un grand homme. C'est ça un hommage digne de ce nom. Personnellement j'en ai tiré des leçons. C'est vrai que beaucoup de gens comme moi, admiraient Nelson Mandela, le connaissaient de nom, savaient plus ou moins son histoire mais n'ont jamais lu ses écrits à part quelques citations ça et là. Je vous assure que dés aujourd'hui, je m'y mettrai. Nelson Mandela est un exemple pour nous tous. Au passage, j'ai beaucoup aimé le fait que vous ayez cité Martin Luther King. Ils défendaient la même cause et c'est un homme que j'admire également.

Marcus 04/01/2014 19:19

Merci Sokhna pour vos gentils mots. Oui, je crois que nous devons apprendre de ces grands hommes, afin de mieux construire l'avenir. L'idéal aurait été de les entendre de vive-voix, mais heureusement que nous avons des ivres qui renferment leurs pensées. Cela n'est pas à négliger, d'autant plus que ce sont les seuls moyens fidèles que nous ayons pour connaitre leur témoignage. Il m'aurait été impossible de faire ce lien entre Mandela et le Rev. King.

Barry aissatou 06/12/2013 10:04

Un hommage vraiment poignant. Un grand bravo. Cela me donne la chair de poule

Marcus 04/01/2014 19:16

Merci Aissatou! Il vient du fond coeur, et je suis heureux qu'il ait pu sortir.