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Le Blog de Marcus Da Writer

PEUT-ON AVOIR UN LEADERSHIP SANS ETRE UN LEADER ET VICE VERSA ?

26 Janvier 2014 , Rédigé par Da Writer Publié dans #Du Leadership

Si l’on devait donner une définition du Leadership ou du Leader, l’on aurait assurément autant de définitions qu’il existe de leaders et des auteurs qui ont écrit sur le Leadership. Pourtant, en observant certaines personnes de notre quotidien, en voyant leurs comportements, leur manière de faire face aux différents problèmes qui surviennent, ou tout simplement leur manière d’appréhender la vie, l’on peut, sans se baser sur une quelconque définition, et sans craindre de se tromper, dire qu’ils font montre d’un certain leadership. Or, il serait difficile de dire de ces mêmes personnes, avec la même assurance qui nous a permis de reconnaitre leur leadership, que ce sont des leaders. A contrario, il nous est aisé d’affirmer, rien qu’en observant le comportement de certains chefs d’entreprise, de groupe, d’équipe, de famille, d’Etat et cetera, qu’ils ne font montre d’aucun leadership, cela, bien qu’ils soient souvent considérés comme des leaders.

Cette ambivalence vient poser une question fondamentale pour la compréhension des notions de Leadership et de Leader, qui, aussi semblables qu’elles paraissent, n’ont apparemment de commun que leur racine. Peut-on avoir un leadership sans être un leader, et être un leader sans leadership ? Si oui, qu’est-ce donc à proprement parler le Leadership, et qu’est-ce qu’un leader ?

Il y a quelques jours de cela, alors que je prenais un bain de soleil sur mon balcon, profitant du beau temps pour ouvrir un bouquin, mon attention fut attirée par un groupe de sept maçons, dont quatre œuvraient à fabriquer des briques, cependant que les trois autres, à l’aide d’une poulie, faisaient monter les briques sèches sur le toit d’une maison visiblement en construction. De l’endroit où je me trouvais, je ne pouvais dire lequel de ces sept maçons était le chef, car tous étaient semblablement vêtus de haillons, les cheveux ébouriffés pour ceux qui en avaient, le visage baignant dans des suées, et l’air harassé des gens dont les seuls moments de répit sont les quelques heures qu’ils passent dans les bras de Morphée.

Ma curiosité avait cependant été attirée par l’un des maçons, qui, pendant que les autres étaient concentrés sur leur travail, certainement pressés d’en arriver à bout, lui, passait son temps à raconter des histoires drôles, et chantonnait parfois des airs qui étaient tout de suite repris par ses camarades. Ce que je trouvais drôle chez ce maçon n’était pas le fait qu’il fît la navette entre les deux groupes, prêtant ici sa main, taquinant là-bas un confrère, courant acheter des arachides et les distribuant aux autres. Non. Ce que je trouvais drôle par contre, c’était le fait qu’il parvînt à faire toutes ces choses sans jamais arrêter de travailler.

Alors qu’ils poursuivaient tous leur besogne, accompagnée de la voix acide et nasillarde du jeune maçon, l’un des maçons qui tirait sur une corde pour faire monter les briques, s’affaissa, l’air épuisé, sur tas de graviers. Aussitôt qu’il le vît, le jeune maçon, qui aidait à la fabrication des briques, quitta son poste en courant, pour aller prendre la place du maçon accablé, non sans taquiner ce dernier. Il superposa deux briques, y posa son séant, et se mit à tirer sur la corde pour faire monter les briques au deuxième étage du bâtiment inachevé. En moins de trois minutes, il avait fait monter une bonne dizaine de briques, tout en échangeant des mots avec le maçon fatigué. Ce dernier s’était ensuite relevé, et était aller reprendre sa place, pendant que le jeune maçon allait regagner la sienne auprès du groupe qui fabriquait les briques. Il entonna un nouvel air, en insistant jusqu’à ce que l’un des trois maçons l’imitât, suivi des deux autres.

Lorsqu’on les regardait tous avec un peu plus d’attention, le maçon-chanteur semblait beaucoup plus jeune que les autres. C’était peut-être ce qui expliquait qu’il fût aussi drôle et aussi déluré, malgré le soleil qui, même s’il n’était pas aussi fort qu’en été, n’épargnait pas leurs pauvres crânes. Mais ces maçons n’auraient certainement pas voulu qu’il diminuât son intensité, sachant que c’était ce qui permettait à leurs briques de sécher plus vite.

J’avais arrêté ma lecture depuis un moment déjà, et les observais dans leur travail. Quand ils eurent terminé, au moment où le soleil déclinait, je descendis pour mieux voir le maçon qui m’avait intrigué. Il était encore en train de taquiner ses ainés – il devait avoir vingt ans tout au plus –, et son sourire ne l’avait toujours pas quitté. Il portait à présent des vêtements plus propres. Curieux, j’attendis que les autres se fussent éloignés pour m’approcher. Et là, d’un air inquisiteur et amical, je lui demandai, après l’avoir salué, pourquoi semblait-il aussi enjoué alors que leur travail n’avait rien d’amusant ? Il me répondit que c’était justement parce qu’il n’y avait rien d’amusant dans ce travail qu’il était aussi enjoué. Et sans que je ne lui en eusse demandé davantage, il ajouta : « Je fais un peu l’idiot pour que les autres ne sentent pas la difficulté du travail. C’est très difficile d’être maçon, surtout lorsqu’on doit travailler sous le soleil. On a besoin de beaucoup de motivation, et parfois l’argent, seul, ne suffit pas. Or, si on ne les motive pas, le travail se fera lentement, et demain, on sera en train de faire ce qu’on aurait pu faire aujourd’hui. C’est pourquoi je les taquine, les fait chanter, et les aide à faire leur travail, afin qu’on termine plus vite, et que je puisse rentrer chez moi. » Je lui demandai alors s’il était le chef du groupe, malgré son jeune âge. Avec un sourire amusé, il me répondit que non, qu’il n’était là que depuis quatre jours, et que le chef était le maçon avec lequel il parlait avant que je n’arrive. Je cherchai le chef en question des yeux, et l’aperçus à quelques mètres de là, surement en train de donner leurs émoluments aux autres maçons. C’était celui que le jeune maçon avait secondé à la poulie, lorsque ce dernier, épuisé, s’était affaissé sur le tas de graviers.

En ce jeune maçon, j’avais pu voir un leadership, car, même s’il n’était pas le chef, ou celui censé mener le travail, c’était bien ce qu’il avait fait. Les sept maçons avaient un but commun : finir le travail et rentrer chez eux. Comme les autres, le jeune maçon ressentait sans doute la fatigue, et avait hâte de rentrer chez lui. Mais à aucun moment il n’avait montré un signe de fatigue, parce qu’il était conscient d’être le moteur du groupe. Il ne l’avait peut-être pas voulu, mais en avait senti la nécessité. Si lui, qui les motivait, et qui parvenait à leur montrer comment faire plus aisément leur travail, devenait comme eux, se plaignait ou se laissait abattre par la fatigue, ils n’auraient jamais atteint leur objectif à temps ; et ce maçon, comme tous les autres, auraient été contraint de rester plus longtemps sur le chantier.

Ce qu’avait fait ce jeune maçon, c’est cela que faire preuve de leadership. Confondu aux autres, il sortait cependant du lot, parce qu’il ne regardait pas au fait qu’il était le plus jeune de tous, au fait qu’il était peut-être le moins expérimenté, ou au fait qu’il n’était pas tenu de faire ce qu’il avait fait, en sus de son travail qui était déjà assez pénible. Ce qu’il avait regardé par contre, c’était leur objectif commun : terminer le travail, et rentrer chez eux. Il aurait pu se plaindre lorsque l’autre maçon – le chef – s’était écroulé de fatigue, cependant que lui, qui était plus jeune, qui plus est un nouveau, continuait le travail. Au lieu de cela, il était allé le seconder, et lui avait même montré une manière de faire qui allait alléger son travail. Il ne s’était pas dit : « c’est lui le chef du groupe, alors qu’il fasse ce qu’il veut ». Il savait qu’en dépit de leurs différences, car ils ne venaient sans doute pas du même lieu, tant qu’ils partageaient le même espace de travail, ils étaient des collègues, des confrères, des frères, et par conséquent, ils devaient s’entraider, parce qu’ils avaient tous un seul et même objectif.

Ce jeune maçon en aurait certainement inspiré d’autres, comme il m’avait inspiré. C’est cela que faire preuve de leadership : inspirer les autres afin qu’ils deviennent meilleurs. Nul doute qu’il n’était même pas conscient de son leadership, puisqu’il le faisait juste parce qu’il avait hâte de rentrer chez lui, et qu’il savait que l’atteinte de cet objectif dépendait de la participation des autres maçons. Je lui aurais dit qu’il était un leader, qu’il m’aurait certainement ri au nez, avant de me dire qu’il était bien loin d’être un leader, et qu’il ne faisait que satisfaire ses intérêts. Il n’aurait pas eu tort de refuser ce titre, parce qu’un leader est un peu plus que ça. Mais d’autre part, comment ne pas voir en cet homme l’étoffe d’un leader ?

Il y a des gens qui inspirent sans même s’en rendre compte, et il y a ceux qui décident de prendre la lourde charge d’inspirer. Pour les premiers, c’est une attitude normale, des comportements normaux, et une manière de vivre tout à fait normale. Ces gens ne voient pas toujours l’impact que leurs comportements ont sur ceux qui, dans le plus grand silence, les observent et apprennent d’eux. Ils ne se considèrent pas comme des leaders, parce qu’ils se disent qu’être leader est un titre, tel que l’est être chef, président, ministre ou autre. Par analogie, il pourrait nous arriver de voir une personne avec un comportement très paternel ou très maternel, sans pour autant que celle-ci soit un papa ou une maman. Pour ces gens, c’est tout à fait naturel qu’être ainsi. Ils ne forcent rien, et ne demandent pas à l’être, ils sont comme ça et c’est tout. Mais ces gens peuvent aussi devenir des vrais papas et des vrais mamans, lorsqu’au naturel vient s’ajouter le titre. Il en est de même pour ces gens qui, sans le savoir, inspirent d’autres. Ils peuvent également choisir de devenir des leaders, et avec leurs acquis, faire de grands leaders, parce que cela est avant tout naturel chez eux. Etre un leader est un choix, alors que faire preuve de leadership peut ne pas l’être. C’est pourquoi l’on peut avoir un leadership sans être un leader. Comment est-ce possible ?

Même si les définitions de ce qu’est un leader varient d’un auteur à un autre, tous s’accordent au moins sur ce que n’est pas un leader. L’on pourrait donc procéder de cette manière pour tenter une approche de définition, sauf qu’elle nous prendrait un temps incalculable. Ce que n’est pas un leader, tout le monde le sait. Mais n’existe-t-il pas une chose commune à tous les leaders – tous les vrais leaders ? Vous conviendrez qu'il en existe bien une. S’il est vrai que les qualités du leader sont nombreuses et difficilement énumérables, il est cependant une chose qui caractérise tous les leaders, quel que soit leur domaine d’action : c’est l’engagement.

L’on peut avoir l’étoffe d’un leader et ne pas en être un. L’on pourrait avoir de la peine à l’accepter, mais cela est d’autant vrai que l’on peut avoir l’étoffe d’un père sans en être un. C’est l’engagement qui fait la différence. Lorsque la personne qui a toutes les qualités d’un papa prend la décision de faire un enfant, il devient papa, et n’en a plus juste l’étoffe. De même, lorsqu’une personne qui a toutes les qualités du leader prend la décision de s’engager – car le leader est toujours engagé –, il devient un leader. Cependant, être un leader ne se limite pas juste au titre. Ce n’est pas parce que tout le monde vous considère comme un leader que vous en êtes forcément un. Il y a des conditions à remplir pour ce faire. Oui, être engagé est l’une des premières, mais il faut aussi être à même d’inspirer les autres, en étant pour eux un exemple et en les poussant à devenir des gens meilleurs.

De fait, le leader n’est pas comme notre ami maçon de tout à l’heure qui inspire sans le savoir. Le leader, ici, s’engage à inspirer. Il prend la responsabilité d’être un modèle pour les autres, en les amenant à se découvrir et à être au meilleur d’eux-mêmes. Le leader éveille en ceux qui le considèrent comme tel le potentiel endormi en eux. Il apprend à les connaitre mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes, afin d’être plus à même de les aider à extérioriser leurs réelles capacités. Comme le maçon qui vient aider son ainé en lui montrant une manière de travailler qui l’épuiserait moins, tout en étant au top de lui-même, le leader vient aider les autres à trouver la meilleure manière de perfectionner leur activité, afin d’atteindre leur but.

C’est un travail en soi qu’être un leader, même si ce n’est pas rémunéré. En devenant leader, l’on s’engage à toujours montrer l’exemple, à être un modèle pour les autres, parce que notre déclin entraine celui de tous ceux qui nous considèrent comme tel, et voient en nous l’exemple à suivre. Le leader n’a pas droit à l’erreur. Cela ne veut cependant pas dire que le leader n’a pas le droit de commettre des erreurs, car ce sont aussi ces erreurs qui inspirent ceux qui le suivent. Le leader montre l’exemple autant par ce qu’il choisit de ne pas faire, que par ce qu’il fait. Il n’est toutefois pas un être parfait. C’est une personne qui apprend à devenir meilleure au jour le jour. Il n’est pas non plus dit que le leader doive aller de succès en succès, ou qu’il doive essentiellement être plus nanti que ceux qui le suivent. Le leader est un moteur ; la pièce maitresse qui permet à la voiture d’avancer. Cela ne veut pas dire qu’en tant que moteur, il a plus de valeur que le pneu ou le levier de vitesse, mais plutôt qu’il est celui qui insuffle aux autres composants de la voiture leur volonté. Il faut qu’il vrombisse pour que ceux-ci puissent savoir qu’il est temps d’avancer. Contrairement au chef, le leader ne donne pas d’ordre, mais donne l’exemple ; il n’indique pas le chemin afin que ceux qui le suivent y aillent, mais s’avance afin qu’ils suivent ses pas. Le leader est un chef, mais un chef n’est pas toujours un leader.

Aujourd’hui, malheureusement, la notion de leader est quelque peu galvaudée. Il suffit qu’une personne soit placée à une haute fonction pour qu’il lui soit attribué le titre de leader. C’est une erreur de considérer tous les chefs d’entreprises, de groupe, d’équipe, de famille, ou d’Etat comme des leaders. Certains le sont, parce qu’ils font preuve de leadership, et, en sus de cela, par leur fonction, s’engagent à être des leaders, mais l’on peut tout aussi bien être à la tête d’une entreprise, et n’être rien de plus qu’un patron, cependant qu’un simple gardien, qui inspire les autres de par l’exercice de sa fonction, soit un leader. Le leadership n’est pas une question de position hiérarchique dans une boite, ou de situation sociale dans une société, mais plutôt de don de soi pour les autres. Tout le monde peut être leader ; il suffit de faire preuve de leadership, et de s’engager pour une cause. Mais il faut savoir qu’aussi honorable que puisse être ce titre, on y tire que très rarement une quelconque gloire. Le leader doit savoir s’effacer, et accepter, qu’après tout le mal qu’il s’est donné, son travail ne soit pas reconnu ou apprécié à sa juste valeur, et que les gens croient avoir fait tout par eux-mêmes. Voilà pourquoi son seul but doit être l’atteinte de son objectif, et non pas la reconnaissance, auquel cas il aura manqué son but. Ce n’est pas au nombre de ceux qui le suivent qu’on reconnait le leader, mais plutôt à sa capacité de maintenir le même cap, quand bien même il n’y aurait personne derrière lui. Le leader n’appelle pas les gens à le suivre ; il leur montre ce qu’il est et ce qu’il peut faire pour eux, et d’eux-mêmes, les gens décident de le suivre. Mais le plus important, avant d’être un leader pour les autres, c'est d'être un leader pour soi-même, car celui qui ne sait pas mener sa propre vie, ne saurait mener celle d’une autre personne.

Da Writer.

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Toutpetit 25/11/2014 13:11

Un super article, vraiment bien écrit ... je découvre ton blog et j'ai déjà envie d'avoir tout lu. Je crois que beaucoup trouve déjà en toi le Leader, engagé à les inspirer. Ne serait-ce qu'avec ses mots ;-)

KROU 27/05/2014 16:47

ce récit exprime la très grande différence qu'il y a entre le dirigeant et le leader. Il est vrai, tous les dirigeants ne sont pas des leaders. De même, tous les leaders ne sont pas des dirigeants. Mais la force du leader, réside dans l'influence qu'il a sur les autres. Le dirigeant donne des orientations; certes, mais le leader est celui qui impulse le dynamisme pour donner vie aux orientations. Merci Da Writer.

anonyme 26/01/2014 12:46

Très bel article et définitions assez simples des notions de leader et leadership.

J'ai tout de même une phrase qui m'a marqué :
"Mais le plus important, avant d’être un leader pour les autres, il faut être d’abord être un leader pour soi-même, car celui qui ne sait pas mener sa propre vie, ne saurait mener celle d’une autre personne."

Personnellement je trouve en toi un leader qui m'inspire beaucoup par le biais de tes articles et tes anciennes publications. Peut-être qu'un jour j'arriverai d'en faire autant pour mon entourage mais je pense d'abord travailler le point essentiel qui est d'être leader pour moi-même.

Merci d'être mon exemple.