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Le Blog de Marcus Da Writer

UN JOUR, NOUS ETIONS AMIS, T’EN SOUVIENS-TU ?

4 Janvier 2014 , Rédigé par Da Writer Publié dans #De moi à vous

UN JOUR, NOUS ETIONS AMIS, T’EN SOUVIENS-TU ?

Cher toi,

Je ne suis pas de ceux qui, sans difficulté, et parfois sans y repenser à deux fois, tirent un trait sur leur passé, faisant comme si celui-ci n’avait jamais existé, tout en se cachant derrière cette boutade qui veut que seule l’avenir compte. Si je t’écris, c’est parce qu’à mes yeux, le passé compte autant que l’avenir, et peut-être même plus qu’elle. Je le crois car, même si on ne vit la vie qu’en avant, on ne la comprend cependant que par un retour en arrière. Et vois-tu, cher toi, dans ce passé, j’ai laissé une bonne partie de moi, de même que tout ce qui me liait à toi.

Te souviens-tu de l’adolescent que j’étais et de l’enfant que je fus ? Eh bien, cet adolescent et cet enfant que tu appréciais tant, ceux-là qui t’ont fait sourire plus d’une fois, rire aux éclats, pleurer et parfois hurler de colère, ceux-là sont restés là-bas, dans ce passé sur lequel tu sembles avoir tiré un trait. Je pense souvent à cet adolescent et à cet enfant parce que, je dois te l’avouer, j’envie leur insouciance et leur innocence. Ces deux-là n’avaient presque peur de rien. De plus, ils savaient donner de l’importance à ce qui en avait vraiment, bien qu’ils n’eussent ni ma présence d’esprit actuelle, ni la capacité d’analyse dont je fais montre aujourd’hui. Et quand je parle d’importance, je ne fais allusion ni à l’argent, ni au paraitre, mais plutôt aux relations amicales, celles-là qui nous cimentaient autrefois.

T’en souviens-tu, cher toi, de cette amitié que nous partagions ? Moi, je m’en souviens encore, comme si c’était hier. Ta présence était un soleil dans ma vie. Tu illuminais mes journées sombres et emplissait de bonheur les jours de malheurs. L’amitié était alors un pacte, une alliance qu’il ne fallait défaire sous aucun prétexte. Combien de fois ai-je vu cet enfant que je fus se battre avec l’un de ses amis, et, l’heure qui suit, rire avec ce dernier de bon cœur ? Combien de fois ai-je vu cet adolescent couvrir les arrières de celui qu’il appelait ami, bien que celui-ci fût traité de manière ignominieuse, soit par ses pairs, soit par ses pères ? Vois-tu, cher toi, c’est dans le passé que se trouvent ces deux personnes au grand cœur que je fus, et c’est pour cette raison que je regarde si souvent dans le rétroviseur de ma vie.

Si je t’écris, cher toi, ce n’est ni pour te parler de ces adolescents et de ces enfants que nous fumes, encore moins pour te blâmer d’être devenu la personne que tu es aujourd’hui, mais plutôt pour te rappeler qu’un jour, toi et moi étions amis. S’il y a bien une chose que j’ai apprise et finalement comprise, c’est que la vie nous sépare presque toujours de nos vieux amis. C’est comme ça, m’a-t-on dit : le temps finit par faire de nous des inconnus. La faute à qui ? Certainement à personne ! Ce que nous disons et répétons comme justification, c’est que nous avons tous deux grandi, comme si cela suffisait à expliquer le fait que nous nous soyons éloignés l’un de l’autre. Oui, nous avons grandis, mais avons-nous également mûri ? Là est la véritable question, cher toi.

Vois-tu, je garde, tout comme toi, j’en suis convaincu, un souvenir assez équivoque de ce qui nous est arrivé. Si l’on me demandait de rappeler les véritables raisons pour lesquelles nous sommes devenus si étrangers l’un pour l’autre, je ne saurai que dire, car ces raisons, tout comme les personnes à leur origine, se trouvent dans le passé. Or, peu de choses sont aussi trompeuses que les souvenirs. Je tâtonnerai assurément si j’essayais de l’expliquer ; et quand bien même l’on me mettrait face à toi, afin que chacun de nous parlât de ses griefs, je crains fort que nous ne pussions le faire avec fidélité. Chacun à son tour donnera sa raison pour avoir raison, mais la véritable raison demeurera un mystère, autant pour nous que pour ceux qui nous aurons écoutés. Cela, tu le sais autant que moi, pas vrai ?

Mais alors, que nous est-il arrivé ? Je me le demande chaque fois que j’entends parler de toi, comme d’un étranger dont je ne ferai jamais la connaissance. Lequel de nous deux a raison, et lequel a tort ? Cela a-t-il encore de l’importance ? Un proverbe dit qu’on a toujours tort d’avoir raison trop tôt. Je me dis alors que, peut-être, avions-nous tort de briser ce qui nous unissait, puisque chacun de nous, à ce moment-là, croyait avoir raison. Qu’en penses-tu, cher toi ? Ne nous serait-il pas possible de mettre nos fiertés, notre peur du refus, et notre ego de côté afin d’ouvrir nos cœurs et s’avouer les véritables sentiments qui nous animent ? Pour tout te dire, je ne crois pas que le temps ait fait de nous des inconnus, c’est la peur qui l’a fait. L’atavisme nous a conditionnés de telle sorte que nous rechignons à se montrer faibles devant les autres. Parce que nous avons peur de paraitre faibles, nous renâclons à se rabaisser devant l’autre, même si cela peut sauver une amitié qui nous est précieuse. Laisse-moi te dire, cher toi, que la peur a détruit plus de choses dans ce monde que la joie n’en a créé. En grandissant, nous sommes devenus si tatillons que la moindre incartade engendre des mois, voire des années de rancœur que, malheureusement, nous n’arrivons à dominer du fait de notre peur de se montrer faibles. Cher toi, je crois qu’il faut parfois avoir le courage d'enlever son masque, et oser se mettre à nu. Cela peut être effrayant, mais cela peut aussi se révéler merveilleux.

Enfants, nous n’avions aucun mal à se dire les vérités, quitte à ce que cela débouche sur une baston. Nous ressemblions alors à Tom Sawyer et Huckleberry Finn. Nos bisbilles étaient si fréquentes, que nos parents se lassaient d’intervenir, sachant que nous finirions tôt ou tard par les jeter dans la mer de l’oubli et retrouver notre complicité. Aujourd’hui, cette mer de l’oubli n’existe plus. Nos différends sont devenus aussi tenaces que notre égo. Nous vivons nos vies dans une telle crainte d’être vus comme faibles, que nous prenons le risque de mourir sans avoir été vu tout court par qui que ce soit. C’est préoccupant de se dire que quand vous mourrez, personne ne vous aura vraiment connu. Vous vous en serez allés avec des sentiments que vous n’aurez jamais pu manifester, à cause de votre amour-propre, ce salvateur amour de soi, qui finit presque toujours par vous laisser seul.

Notre égo : voici notre premier ennemi. D’où vient-il celui-là ? Pourquoi nous empêche-t-il de laisser aller quand il le faut, et faire table rase quand cela est nécessaire ? Je suis ennuyé de voir que notre amour-propre détruit notre amour pour notre prochain. Pis encore, il empiète carrément sur notre amour tout court. Par sa faute, nous tournons le dos à ces gens qui nous étaient, et nous sont chères, mais qui, pauvres humains qu’ils sont, ont eu le malheur de commettre l’erreur de nous blesser, de nous humilier, ou de nous ignorer. Et voilà notre égo qui se réjouit d’avoir triomphé. Il sait qu’il nous sera désormais difficile de faire le premier pas, et que par conséquent, nous choisirons, malgré nous sans doute, d’accepter la défaite, et nous tournerons le dos à l’ami, au parent, au frère ou à la sœur.

Cher toi, je sais que, pour aussi forte que soit l’amitié, elle ne résiste pas toujours à l’indifférence et à la jalousie. L’amitié exige de nous plus que nous ne pouvons parfois lui en donner. Mais parce que nous ne voulons pas la perdre, nous la nourrissons avec des promesses que, dans notre for intérieur, nous espérons réaliser, mais que nous ne réalisons finalement pas. Le temps n’étant pas toujours un fidèle allié, les activités s’empilent, et avec elles, les charges, ainsi finissons-nous par oublier l’essentiel : l’ami. En fait, l’amitié est comme un jardin : on se dit chaque fois qu’on va s’en occuper, qu’on va l’arroser, et puis, chaque fois on reporte à la semaine suivante. Mais puisqu’on ne cesse d’atermoyer inlassablement, certains virus tel que la jalousie s’infiltrent et détruisent le peu d’estime qui pouvait encore sauver cette amitié. Les lendemains jouant leur rôle, les sentiments s’effritent, les liens se délient, la complicité s’évapore, et l’amitié s’asphyxie. Ainsi devenons-nous de parfaits étrangers les uns pour les autres, bien que nous eussions un passé en commun.

Cher toi, si je t’écris ceci, ce n’est pas parce que toi et moi ne sommes plus amis, et que je cherche désespérément à retrouver cette complicité d’antan. Si je t’écris, c’est parce que je sais que, tout comme moi, tu as laissé s’en aller un(e) ami(e) qui t’était cher(e), et depuis, vous êtes devenus de parfaits étrangers l’un pour l’autre. Tu diras certainement que tu as évolué, que tu as grandi, que tu es passé à autre chose, mais sais-tu quelle question je me pose ? Qu’as-tu fait pour l’empêcher de s’en aller, pour empêcher votre amitié de s’asphyxier, si tu y tenais tant ? Ne me dis pas que tu n’y tenais pas car, toutes les personnes qui passent dans notre vie laissent leur empreinte, et elles ont toutes une influence sur notre devenir. Celui ou celle que tu es aujourd’hui, tu le dois en partie à cet(te) ami(e)-là ; par conséquent, tu ne peux dire que tu ne tenais pas à ce qui, un jour, vous a unis.

Ne me dis pas non plus que tu es hors de cause, que ce n’est pas ta faute, que tu as raison et que lui ou elle a tort. Les raisons, elles importent peu. Nous avons tous de bonnes raisons pour faire de mauvaises choses. Ce qui importe c’est ce que tu ressens encore pour cet(te) ami(e), comment tu le/la vois, et ce que tu penses de lui ou d’elle. Sache, cher toi, qu’on n’est pas celui que l’on voit dans le miroir, mais plutôt celui qui brille dans le regard de l’autre. Il est vrai que tu as dû te faire de nouveaux amis, et que ta vie te semble parfaite ainsi ; mais se faire de nouveaux amis implique-t-il d’oublier ceux de jadis ?

On s’inflige parfois de fortes tortures à cause de notre égo démesuré, parce qu’on ne sait pas lâcher du lest, faire table rase du passé et repartir sur de nouvelles bases. Pendant ce temps, les mois s’accumulent, et les années s’enchainent. On prend de nouvelles résolutions, mais l’on oublie que certaines, dans le passé, attendent de savoir quel sort leur est réservé. Je ne doute pas, cher toi, que si vous en êtes arrivés-là, il ou elle a surement dû faire une chose ignoble, à moins que ce soit toi qui l’ait faite. Mais cela importe peu car, dans la vie, il y a des malheurs qui arrivent, et on ne peut rien faire pour empêcher cela. Certes, cet(te) ami(e) n’est pas indispensable dans ta vie, d’ailleurs personne ne l’est. Pourtant, il se pourrait bien que sa présence soit un plus, qu’elle t’apporte cette petite chose qui manquait à ta vie pour que celle-ci soit parfaite. Cela peut être une chose de rien du tout, banale aux yeux des autres, mais importante aux tiens. Cela ne vaut-il pas la peine d’oublier le passé ? Réfléchis-y, cher toi.

J’ai sans doute l’air d’un religieux avec ce discours amphigourique, une personne qui prêche la bonne parole, ou je ne sais quel autre évangile, mais ce n’est pas le cas. J’ai juste appris, avec le temps, que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on a, mais ce à quoi on renonce. Renoncer à une véritable amitié ne doit pas être un choix facile comme ça l’est aujourd’hui, qui plus est par les temps qui courent. Aucun de nous n’est complet en lui seul. Personne n’est indispensable, c’est vrai, mais un ami, un vrai ami, l’est parfois. Tant que tu n’as pas tout donné, fait de tout ton possible pour garder ce qui vous liait jadis intacte, ne renonce pas à cette personne que tu as appelé ton ami(e).

Un jour, vous étiez amis, t’en souviens-tu ?

PS : Il y a quelques temps, j’ai retrouvé une amie d’enfance avec laquelle j’étais resté fâché pendant des années, au point d’oublier la raison pour laquelle nous ne nous parlions plus. Chacun de nous avait poursuivi sa vie, et ne se souciait plus – ou presque plus – de l’autre. Inutile de vous dire le bonheur que ces retrouvailles m’ont fait. Je regrette toutes ces années que nous avons perdues, à cause de futilités. C’est ce qui m’a inspiré ce texte. Jamais plus je ne laisserai cela se produire car, l'amitié est une plante qui doit résister aux sécheresses, sinon, il vaut mieux lui donner un autre nom.

Da Writer.

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Dii 04/01/2014 22:31

Tout à fait d'accord ;)

Dii 04/01/2014 22:31

Tout à fait d'accord ;)