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Le Blog de Marcus Da Writer

L'ENTREPRENEURIAT, CE N'EST PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

22 Août 2014 , Rédigé par Da Writer Publié dans #De l'Entrepreneuriat

L'ENTREPRENEURIAT, CE N'EST PAS UN LONG FLEUVE TRANQUILLE

L’entrepreneuriat, ce n’est pas un long fleuve tranquille.

Cette phrase, je la tire d’un livre qu’un confrère, jeune entrepreneur, m’a dernièrement recommandé, et que je me suis plu à lire. Je la reprends car elle traduit parfaitement ce que je pense de l’entrepreneuriat à ce moment précis où j’écris ces lignes. Avant-hier, toute la journée, je me suis senti déprimer. Oui, on déprime aussi lorsqu’on est entrepreneur. Les raisons sont multiples. Les miennes pourraient paraître absurdes aux yeux de certaines personnes car, diraient-elles : « tu ne sais pas la chance que tu as, toi qui est à ton propre compte. » Seulement, ces gens ignorent la malchance que ce peut être d’être justement à son propre compte, particulièrement dans le contexte actuel, qui plus est dans le pays dans lequel nous nous trouvons (le Sénégal). Il est assez difficile d’expliquer aux autres pourquoi nous, entrepreneurs, ne cessons de répéter les phrases dans le genre : « l’entrepreneuriat, ce n’est pas un long fleuve tranquille » ; ou « il ne suffit pas de le vouloir pour être entrepreneur » ; ou encore « si vous n’êtes pas motivé, déterminé et courageux, vous ne survivrez pas un seul jour dans le monde de l’entrepreneuriat ». Aux yeux des gens, nous donnons l’impression de vouloir décourager ceux qui veulent se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat. J’ignore ce que pensent les autres entrepreneurs, mais en ce qui me concerne, j’utilise ces phrases, non pas pour décourager ceux qui aimeraient se lancer, mais pour les prévenir de la réalité qui les attend. Car, très souvent, ceux qui disent vouloir entreprendre, le font en pensant que c’est une vie rutilante qui les attend. Hélas, non !

L’entrepreneuriat, ce n’est pas un long fleuve tranquille.

Cela n’a rien à voir avec le démarrage, qui est l’une des phases les plus difficiles de l’entrepreneuriat, particulièrement en Afrique, où l’on ne peut compter sur l’aide d’investisseurs et même de ses proches. Démarrer sa boîte, quitter l’étape de projet pour aller au concret, c’est un véritable parcours du combattant. C’est peut-être la première difficulté, mais certainement pas la seule, encore moins la plus grande. Beaucoup, après avoir traversé ce cap, pensent avoir gagné le droit de dormir sur leurs lauriers et laisser le travail se faire de lui-même. Non, messieurs et dames ! Etre entrepreneur, c’est un travail à temps plein. C’est du boulot du lundi au lundi. Et lorsque vous êtes parvenu à lancer votre activité, c’est à ce moment même que le challenge commence, parce qu’il ne faut surtout pas chavirer. Or, beaucoup chavirent pour la simple et bonne raison qu’ils n’ont pas su rester « focused », concentrés sur leur objectif. Je fais souvent l’analogie entre l’entrepreneuriat et le cyclisme. Dans une course de cyclistes – quoi qu’entreprendre ne soit pas une course –, il faut toujours être concentré, et toujours avoir à l’esprit que, tant qu’on n’a pas franchi la ligne d’arrivée, on n’a encore rien fait. Souvent, vous voyez des cyclistes qui font un excellent départ et, parce qu’ils ont pris de l’avance sur les autres, se permettent certaines folies. Ces gens-là, ayant trop pris confiance en eux, se font facilement dépasser par les autres qui étaient plus concentrés. Il leur arrive même parfois de faire un faux mouvement et tomber de leur vélo. En entrepreneuriat, c’est pareil. Tant que l’objectif n’est pas atteint, il faut garder à l’esprit qu’on n’a encore rien fait. L’incroyable performance de la française Floria Guei, lors du relais français féminin 4x400 mètres, corrobore cela. Malgré un mauvais départ, elle est restée concentrée, a fait une remontée extraordinaire, et a finalement franchi, la première, la ligne d’arrivée.

L’entrepreneuriat, ce n’est pas un long fleuve tranquille, parce qu’il y a de nombreuses surprises qui vous attendent lors de la traversée. Il est fréquent, lorsqu’on est entrepreneur, qu’on se fasse, en une seule fois, beaucoup plus d’argent qu’un salarié ne s’en ferait en deux voire trois mois. Cela, c’est lorsque les affaires marchent. Mais, paradoxalement, il arrive aussi qu’à la fin du mois, on ne sorte avec absolument rien. Pas de bénéfices. Que des pertes. Cela, les gens qui vous ont vu avec une somme importante d’argent à la fin du mois précédent, ne le comprendront pas. Beaucoup pensent par exemple que l’entrepreneur qui voyage beaucoup, ou qui achète très souvent du matériel, se fait beaucoup d’argent. C’est est un leurre. Il arrive que vous vous fassiez des centaines de mille, voire de millions à la fin d’un mois, et qu’avant la demie du mois prochain, il ne vous reste plus rien. Les gens autour de vous, la famille notamment, ne comprendra pas cela. Lorsque vous direz n’avoir plus rien, ni dans les poches, ni dans votre compte, l’on vous répondra que vous êtes soit avare, soit dilapidateur. L’on ne comprendra pas qu’une boîte qui a démarré, c’est très souvent une boîte qui est encore en chantier, et qu’il faut chaque fois la nourrir, chaque fois l’embellir, afin qu’elle prenne forme. On ne verra que les gains que vous faites et non les dépenses. On vous invitera à des événements en songeant que, puisque vous avez « réussi », vous allez dépenser votre argent sans penser, comme le font les richards. Et quand vous refuserez de vous y rendre, l’on dira de vous que vous snobez vos amis et autres. L’on ne comprendra pas que la veille, vous ayez eu une centaine de mille en poche, et que le lendemain, vous vous retrouviez avec zéro francs. Non, ce n’est pas possible aux yeux des autres. Et souvent, les entrepreneurs qui ne veulent pas passer pour des « ratés », ceux-là qui veulent à tout prix donner l’illusion du succès, l’illusion du « tout va très bien », se laissent emporter par le jeu, et dépensent sans penser dans des futilités ce qu’ils ont eu du mal à gagner. Et le jour d’après, non seulement ils se retrouvent sans un rond, mais en plus, ils n’ont pas avancé d’un pas avec leur boîte.

L’entrepreneuriat, enfin, n’est pas un fleuve tranquille, parce qu’on est constamment face à des choix difficiles. Faut-il faire plaisir à la famille et offrir à ses frères et sœurs ces vacances que tous réclament, ou, faut-il au contraire serrer la ceinture, fermer les yeux et investir dans cet appareil qui permettra d’accélérer le travail ? Faut-il tout le temps faire sortir votre conjointe, l’inviter dans les endroits magnifiques et magiques qu’elle rêve de visiter, parce qu’elle le mérite bien, ou faut-il plutôt penser à renforcer votre boîte qui n’est pas encore bien stable et qui risquerait de chavirer d’un moment à l’autre ? D’un côté, ce sont des choses qu’il vous faut faire puisque, sans être richissime, vous arrivez tout de même à vous faire un peu d’argent. Mais d’un autre côté, si vous dépensez tout ce que vous gagnez, sachant que vous n’avez aucune assurance que le mois prochain soit plus généreux, et sachant en sus que ne pouvez compter sur l’aide d’investisseurs ou autres business angels, comment allez-vous faire fonctionner votre boîte qui est encore à son démarrage ? Et il y a la famille plus large, composée également des proches amis qui, voyant le résultat de vos efforts, ce qu’ils appellent « succès », veulent leur part du butin. Lorsqu’ils ne vous demandent pas directement de l’argent, ils veulent que vous leur en prêter. Ils savent que vous en avez, parce que la dernière fois, c’est sous leurs yeux que vous avez reçu un chèque avec cinq zéros après le premier chiffre. Donc, ils se disent naturellement que vous avez de l’argent. Lorsque vous leur parler des nombreuses charges auxquelles vous devez faire face, ils vous regardent l’air de dire : « avare que tu sois ! » Vous aimeriez bien leur faire cette fleur, quitte à leur offrir cet argent au lieu de le leur prêter, mais vous n’êtes pas un salarié et, par conséquent, n’avez pas l’assurance d’avoir une entrée comme vous l’espérez. Il vous faut être prudent, sait-on jamais ! Alors, vous prenez sur vous les regards bavards et leur faites la promesse de penser à eux le mois suivant. Gare à vous si vous ne tenez pas cette promesse !

Non, l’entrepreneuriat, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Personne ne vous laisse progresser tranquillement. Il suffit qu’on vous voie prendre deux fois l’avion, aussitôt, aux yeux de tous, vous avez réussi. Bienvenue à la foire au partage. Tout le monde veut sa part. Même le voisin qui ne vous adressait pas la parole lorsque vous n’étiez qu’un jeune homme banal. A présent, vous êtes un modèle de réussite. Il parle de vous à ses enfants en leur demandant de prendre exemple sur vous. Et il n’y a pas que lui ; il y a tous ceux qui vous ont une fois vu dans le quartier, et qui savent à peu près à quoi ressemble votre parcours. Finis les insultes, finis les remontrances ; à présent, l’on s’empresse de vous saluer, et vous faire une litanie des plus grandes bénédictions qui soient, en espérant, bien entendu, que vous sortirez au moins un billet violet de votre poche. Si vous n’êtes pas mentalement résistant, et suffisamment averti, vous vous sentirez obligés, par une sordide morale, et sortirez, à défaut du violet, un billet vert, alors que c’est le dernier qui vous reste. Tout cela parce qu’il faut bien paraître, et que, selon les dires, une personne qui vous bénit, il n’y a rien de mieux. Mais en attendant que sa bénédiction fasse effet – si elle fait un jour effet –, vous, eh bien, vous galérez. Comment comprendre qu’il y a une semaine, vous parliez d’un million de francs, et qu’aujourd’hui, vous ne puissiez avoir ne fut-ce que trente mille francs ? Vous gérez mal ! On s’en fout du matériel que vous avez acheté la semaine dernière, ou des investissements que vous avez faits dans tel domaine ; si vous êtes incapables d’avoir cinq mille francs dans les poches au 20 du mois, c’est que vous gérez mal votre boîte. Un point c’est tout. A moins que vous ne soyez qu’un salopard d’avare doublé d’un vanupied de mythomane.

L’entrepreneuriat, ce n’est vraiment pas un long fleuve tranquille.
Et c’est d’ailleurs préférable, sinon, tout le monde et n’importe qui le serait.

Marcus.

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