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Le Blog de Marcus Da Writer

LES JEUNES FEMMES AFRICAINES & L'ENTREPRENEURIAT

2 Septembre 2014 , Rédigé par Da Writer Publié dans #De l'Entrepreneuriat

LES JEUNES FEMMES AFRICAINES & L'ENTREPRENEURIAT

Il y a près d’une année, alors que je me trouvais dans la ville de Saint-Louis du Sénégal, j’avais un projet pour les jeunes femmes vendeuses de poisson et pour toutes les autres qui s’investissaient, parfois sans même le savoir, dans le monde entrepreneurial. Mon idée était de les fédérer en GIE afin d’accroitre leurs revenus, grâce à un accompagnement de qualité, et leur permettre de faire de plus importants bénéfices, car, quoi qu’elles soient plus motivées que les hommes, plus pragmatiques, plus courageuses, voire plus intelligentes, les jeunes femmes, commerçantes pour la plupart, souvent analphabètes, n’ont pas de véritable stratégie. De ce fait, leurs activités demeurent très souvent au même stade qu’à leur départ. Or, ce sont ces mêmes femmes qui, grâce à leurs maigres revenus, assurent la popote quotidienne, soignent et vêtissent leurs progénitures, parfois même leurs époux, lorsqu’elles en ont, et s’occupent de la scolarisation de leurs enfants. C’est un véritable casse-tête que d’essayer de comprendre comment elles y arrivent. Curieux que je suis, j’ai essayé de comprendre et finalement compris. Cela se résume en deux mots : motivation et tontine. Ces femmes travaillent presque toujours de concert. Elles s’empruntent mutuellement et se prêtent de l’argent. De plus, elles épargnent grâce à la tontine que presque toutes les femmes d’Afrique font. La banque est dès lors exclue. Si une évolution se note dans les activités de ces femmes, celle-ci est très minime par rapport à ce qui pouvait être fait. Les femmes africaines ont cette fibre entrepreneuriale qui est à la base de tout. Savoir l’utiliser pourrait, non seulement leur permettre de vivre mieux, mais aussi permettre à l’économie de leur ville ou de leur pays de mieux se porter. J’ai rencontré, à Saint-Louis, une femme qui est vendeuse de poisson depuis sept ans, et pourtant l’on ne voit pas de véritable évolution dans ce qu’elle fait. L’entrepreneuriat féminin, particulièrement en Afrique francophone, a donc vraiment besoin d’un soutien, non pas seulement financier, mais surtout stratégique.

En observant les femmes sénégalaises que j’ai rencontrées dans les villes les plus reculées du Sénégal, pour ne prendre que ce pays comme exemple, je me suis rendu compte d’une chose : elles toutes, même les plus jeunes, veulent travailler. Ces femmes ont horreur de l’oisiveté, contrairement à celles que l’on retrouve dans les zones urbaines, qui préfèrent s’asseoir en face de leur téléviseur à regarder la dernière trouvaille brésilienne en matière de feuilleton, plutôt que s’investir dans une activité lucrative. Or, de l’autre côté, lorsqu’elles ne sont pas en train de gérer un petit commerce, les femmes des zones rurales investissent dans celui d’une de leurs consœurs, cependant qu’elles même s’investissent dans des activités comme l’agriculture. Ce genre de femmes, j’en ai vu dans les villes de Saint-Louis, de Thiès, de Louga, de Mbour, de Kaolack, de Fatick, de Kolda et de Ziguinchor : pratiquement toutes les villes du Sénégal que j’ai eu la chance de visiter. Toutes ont en commun cette volonté d’entreprendre. Mais ce qui leur fait défaut, c’est le manque de véritable stratégie. Ces femmes gèrent la plupart du temps de petits commerces, et sont presque toutes dans l’informel. Je n’en ai pas vu une seule qui soit sortie de l’informel pour faire de son activité une véritable entreprise. Même celles qui sont dans l’import-export se trouvent encore dans l’informel ; de ce fait, il leur arrive de voir leurs marchandises saisies par les douaniers, ce qui joue sur leur activité. Cela aurait pu être évité si l’on apprenait à ces femmes les rouages de l’entrepreneuriat, et qu’on leur montrait comment augmenter leurs revenus tout en étant en règle. Certes, formaliser son activité comporte des risques, car il faut payer, entre autres, les impôts, et l’on se trouve aussi à la merci des capitalistes, mangeurs d’entreprises ; mais c’est aussi le meilleur moyen pour faire passer son activité du petit commerce de rue à une véritable entreprise, voire une multinationale. Cela est bien possible, puisque cela se fait dans le monde Anglo-saxon. C’est sur cette force que les Etats et tous les acteurs du monde de l’entrepreneuriat devraient capitaliser. Les États ont intérêt à investir dans l’informel, car on ne peut pas avoir une croissance solide et durable si l’informel, surtout les femmes et les jeunes, n’est pas pris en compte. Je crois profondément qu’investir dans les femmes est la meilleure chose à faire par les Etats africains où l’on note de plus en plus de problème liés à l’éducation des enfants. Car lorsque vous donnez de l’argent à une femme pour qu’elle commence un business, les premiers bénéfices qu’elle fera, elle les investira dans l’éducation de ses enfants. Ainsi, l’on fait d’une pierre deux coups.

L’une des choses que je déplore en Afrique, c’est le fait que l’on ne motive pas assez les jeunes femmes dans l’entrepreneuriat. A l’école comme à la maison, ce qu’on leur apprend, c’est que les femmes qui décident de faire une activité le font toujours dans l’informel. Elles sont commerçantes, couturières, coiffeuses ou agricultrices au village. Or, ces femmes ont très souvent déjà la logique commerçante qui manque cruellement aux hommes. Avec un accompagnement de qualité, adapté pour tous les types de femmes, même celles qui sont analphabètes, celles-ci pourraient aisément valoriser ce qu’elles font et agrandir leur activité. Il faudrait que l’on arrive à intégrer le fait que les femmes puissent être autre chose que commerçantes, couturières, coiffeuses ou agricultrices. Elles peuvent s’investir dans d’autres domaines et exceller dans ceux-ci. Il faudrait aussi que les jeunes femmes elles-mêmes arrivent à intégrer cela, et qu’elles apprennent à voir grand dans leurs activités. Des formations doivent être mises en place pour leur permettre d’apprendre comment bien gérer leurs structures, et surtout les faire grandir, car leur réussite, c’est la réussite du pays. Ni l’Etat, ni les banques ne leur font une faveur en les accompagnant. Les impôts qu’elles paieront, si elles quittaient l’informel, enrichiront l’Etat, et au lieu de se tourner vers les tontines, elles pourraient faire tourner les banques, si celles-ci les accompagnaient également. Ce sont des actrices de l’économie qu’il ne faut surtout pas négliger. Or, c’est aujourd’hui l’erreur qui se fait. Ces femmes sont livrées à elles-mêmes, et sont contraintes de se dépatouiller pour joindre les deux bouts et boucler les fins de mois.

J’aimerais, en ce qui me concerne, appeler les jeunes femmes des zones urbaines à s’inspirer de ce que font les femmes des zones rurales, afin de créer et développer de véritables entreprises. Ce que je vois cependant, c’est qu’elles sont de plus en plus tournées vers la vie de salariées, qu’elles trouvent plus rassurante, quoi qu’elles y soient parfois exploitées, voire sous-estimées, et même très souvent marginalisées. C’est à ces jeunes femmes sorties des grandes écoles et universités qu’il incombe de montrer la voie à leurs consœurs. Mais pour ce faire, il leur faut être entreprenantes, motivées, courageuses, intelligentes, pragmatiques, et surtout asseoir des stratégies efficaces. Le monde actuel appartient à ceux qui savent faire preuve d’intelligence, et il ne s’agit pas juste d’avoir les meilleures notes lors des examens. Les échanges que j’ai eus à faire avec certaines de ces jeunes femmes m’ont permis de comprendre à quel point elles sont plus capables que bon nombre de jeunes hommes. Mais ce qui les freine la plupart du temps, c’est ce blocage psychologique qui leur fait croire qu’il y a des domaines qui leur sont spécifiques, et d’autres dans lesquelles elles ne doivent pas s’investir. Nous ne sommes plus dans ce monde où de telles considérations étaient prises en compte. C’est aux jeunes femmes de commencer cette révolution, mais d’une manière intelligente, en faisant ce qu’elles ont toujours fait, mais en voyant grand cette fois.

Da Writer.

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