ENTREPRENEURIAT : CES FEMMES QUI FONT LA DIFFERENCE
Elle est révolue cette époque où l’on disait aux femmes : « votre place est à la cuisine ; laissez les hommes aller au travail ». Aujourd’hui, hommes comme femmes sont sur le champ de bataille, cherchant tous les moyens leur permettant d'apporter leurs pierres à l’édifice d’un monde meilleur. Et aussi étonnant que cela puisse paraitre, il semble que les femmes soient plus présentes, plus dynamiques, plus ambitieuses, et mêmes plus productives que les hommes –et il ne s’agit pas de procréation- dans ce vaste monde de l’entrepreneuriat, et pour cause ! La femme, en Afrique, a longtemps été considérée comme incapable –je ne parle pas d’infériorité- ; comme s’il y avait des tâches qui lui étaient exclusivement réservées, et d’autres qui ne concernaient que l’homme –quoique... Entreprendre par exemple. Il était quasiment impensable et impossible d’imaginer une femme, autrement que dans le secteur informel, à la tête d’une entreprise qu’elle aurait bâtie elle-même, pierre par pierre, et gérée jusqu’à en faire ce qu'on appelle communément aujourd'hui un grosse boîte. Ce qu’on lui accordait à la limite, c’étaient de petits commerces de rien du tout, afin qu’elle ait une activité à elle, qui l’occuperait lorsque le papa se tuerait au travail, et les enfants à l’école. Aux jeunes étudiantes par exemple, l’on répétait qu’il n’était pas nécessaire de faire des études poussées ; le plus important étant de se trouver un riche et bon mari capable de subvenir à tous leurs besoins.
Aujourd’hui, la donne a changé. Nous sommes à une époque où, hommes, femmes, jeunes et vieux, doivent s’investir pour améliorer la vie de leurs communautés. Certaines femmes d’Afrique ayant pris conscience de cet état, prouvent, par leurs actes, et malgré les obstacles socio-culturels qu’elles rencontrent, que cela était une grosse erreur de les sous-estimer. Elles prouvent qu’elles aussi sont pleines de ressources et capables d’être utiles à la société, et pas seulement en se chargeant de la popote quotidienne. Ces femmes, bien que conscientes du rôle de leur époux –le chef de la famille-, prennent des initiatives et mettent en pratique leur brillantes idées pour créer des entreprises, et participer ainsi à la construction d’une économie forte, à la réduction du chômage, et à la résolution de moult problèmes auxquels certains hommes, trop obnubilés par la recherche du profit, oublient souvent de s’y pencher. Ces femmes, ce sont des entrepreneures sociales, des modèles de réussite et de courage, qui méritent qu’on s’arrête un moment pour les ovationner. Que ce soit dans l’ombre ou dans la lumière, ces femmes font bouger l’Afrique et révolutionnent le monde de l’entrepreneuriat. Je vous en offre quelques-unes dont je suis particulièrement fier.
1. Bethlehem Tilahun Alemu (Ethiopie)
Bethlehem est la fondatrice de SOLESREBELS, une entreprise éthiopienne qui fabrique des chaussures solides et bon marché à partir de pneus recyclés. Elle a déjà vendu plusieurs milliers de paires de tongs, de chaussures de voile, de mocassins et de baskets style Converse à des clients étrangers. Elle reçoit des commandes venant de pays éloignés comme le Canada et l’Australie. SOLESREBELS, à ses débuts, était installée dans une petite maison située en périphérie d’Addis-Abeba, la capitale de l’Éthiopie. Aujourd'hui, l’entreprise compte plus de 300 employés, qui étaient, pour la plupart, des gens désœuvrés. Grâce à cette nouvelle marque de chaussures fabriquées en Afrique, et aujourd’hui répandue dans le monde entier, Bethlehem change la vision que le monde a toujours eu de l’Éthiopie : un pays très pauvre, affamé, et dépendant de l’aide extérieur.
2. Magatte Wade (Sénégal)
Magatte Wade est la fondatrice d’Adina World Beat Beverages, un fabricant de boissons, thés, cafés et jus de fruits à base de produits africains. Magatte avait pour ambition de permettre à l’Afrique d’être présente sur la scène internationale, en créant une marque africaine, consommée par des occidentaux. Elle a très bien réussi en commercialisant le bissap bio (breuvage à base de fleurs d’hibiscus) aux Etats-Unis. La société basée en Californie réalise un chiffre d'affaire de 3 millions de dollars et emploie 25 personnes, sans compter les femmes du Sénégal qui lui fournissent les fleurs d'hibiscus. Mais Magatte, voulant en faire davantage, quitte son statut de chef d’entreprise, pour aller en créer une autre du nom de Tiossan, spécialisée dans les cosmétiques et la mode. Magatte est également membre du TED Global Africa, et fait figure de conférencière à plusieurs occasions.
3. Ndidi Nwuneli (Nigéria)
Ndidi Nwuneli est la fondatrice de LEAP AFRICA, un organisme à but non lucratif qui fournit aux entrepreneurs sociaux, aux jeunes chefs d’entreprises, et aux micros entrepreneurs une formation en leadership et des services de coaching. Elle est également co-fondatrice de AAC FOODS, une entreprise agroalimentaire nigériane. Ndidi est une référence en matière d’entrepreneuriat social. En 2004, elle a reçu la médaille d’honneur et du mérite de la République des mains du président de l’époque, Olusegun Obasanjo.
4. Saran Kaba Jones (Libéria)
Saran Kaba Jones est la fondatrice de FaceAfrica, un organisme à but non lucratif qui fournit un accès à l’eau potable pour les communautés rurales au Libéria, en utilisant un modèle d’entreprise sociale novatrice pour financer les projets de points d’eau. FaceAfrica a été créée en 2009 et a fourni de l’eau potable à des miliers de libériens en milieu rural. En 2013, The Guardian la place parmi les 25 femmes les plus influentes d’Afrique.
5. Ory Okolloh (Kenya)
Avocate formée à Harvard, Militante activiste et Bloggeuse, Ory Okolloh est la fondatrice de USHAHIDI, un outil Internet révolutionnaire, qui permet aux citoyens et journalistes partout dans le monde, de signaler des cas de violence dont ils sont témoins oculaires à travers le web, les SMS et Twitter. L’outil est devenu populaire notamment suite aux troubles qui ont suivi les élections présidentielles au Kenya. Okolloh a également créé Mzalendo, qui permet de suivre sur le web toutes les activités des députés du parlement kenyan, désormais pressés de rendre des comptes. Okolloh a été par ailleurs recrutée par Google pour manager la politique africaine de la Start-up californienne. Elle est largement reconnue comme l’une des femmes les plus influentes dans le High-Tech au niveau mondial.
La liste n'est pas exhaustive. De nombreuses femmes prennent chaque jour des initiatives allant dans le sens d'améliorer les conditions de vie des populations. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles elles font face, ces dames persistent et finissent par voir le bout du tunnel. En voilà des exemples à prendre, jeunes filles d'Afrique. Vous aussi êtes concernées, et le futur de ce continent dépend de l'apport de chacune de vous. Alors, je ne peux que vous encourager dans cette voie de l'entrepreneuriat. Montrez au monde de quoi vous êtes capables; et n'oubliez pas que l'on n'entreprend pas pour se faire de l'argent ou un nom, mais plutôt pour trouver une solution à un problème. L'innovation, c'est cela : penser à des solutions aux problèmes sur lesquels personne ne s'est encore penché.
Da Writer.
Il ne suffit pas d'agir, il faut accomplir:
les chantiers avancent, notre engagement c'est de les finir.
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