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Le Blog de Marcus Da Writer

CONVERSATION AVEC MOI-MÊME : LES GEANTS DE L'AFRIQUE ET LA RELEVE

5 Février 2014 , Rédigé par Da Writer Publié dans #Conversation avec moi-même, #De moi à vous

Les géants de ce monde s’éteignent. Comme de grands baobabs, ils tombent l’un après l’autre. Certains font du bruit, et d’autres s’en vont dans le silence le plus parfait. Mais ce qu’ils ont en commun, et c’est d’ailleurs très malheureux, c’est qu’on les acclame pendant un moment, on se remémore ce qu’ils ont accompli, on leur donne une dernière fois l’importance qu’ils méritent, et ensuite, ils deviennent des souvenirs, que l’on ravivera parfois les jours de leur anniversaire, et souvent les jours de l’anniversaire de leur départ ; car, comme le disait Marilyn Monroe : « They will only care when you are gone. »

Pour ma part, ces géants sont juste partis, ils ne sont pas morts. Ce sont des graines plantées dans le sol africain. Ils doivent donner leur fruit. Un jour. Ils le doivent. Il le faut. Non, ces géants ne sont pas morts. Ils existeront toujours tant qu’il y aura des gens pour se souvenir d’eux. Et je me souviendrai toujours d’eux. Je m’attriste cependant de leur départ, car je me demande ce qu’adviendra du monde maintenant qu’ils ne sont plus là. Oui, il y a la relève. Comme on dit, la jeunesse. Mais souvent, quand je nous regarde, quand je regarde notre laxisme face à certaines situations plus que déplorables, je me demande vraiment si nous pouvons être une relève digne de ces gens. J’ose croire que Marcus Garvey, Martin Luther King, Malcom X, Steve Biko, ces panafricanistes qui se sont battus pour la race noire, ne sont pas morts en vain. J’ose croire que Kwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Thomas Sankara, et tous ceux qui se sont battus pour les indépendances en Afrique, ne sont pas morts en vain. Et j’aimerais aussi pouvoir croire que Nelson Mandela, qui a dédié sa vie à la justice, ne sera pas mort en vain. Ces gens ont été capable de donner jusqu’à leur propre vie pour une cause. La relève en est-elle aujourd’hui capable ?

« Résister c’est créer. Créer c’est résister » disait Stéphane Hessel. Lui aussi un résistant. Lui aussi un autre géant qui s’est éteint. On parle de résistance, mais sommes-nous capables de résister, pour espérer créer quelque chose de nouveau ? Sommes-nous capables de braver nos peurs et appréhensions pour s’ériger comme des étendards pour nos peuples ? Avons-nous cet amour-là de nos peuples, de nos pays, de notre continent ? Force est de reconnaitre que non. Aujourd’hui, on a plus tendance à accepter qu’à résister, à moins que notre résistance soit muette, ou une toute nouvelle forme de résistance. Qu’attend-on ? Dieu ? Le hasard ? Que les choses changent d’elles-mêmes ? Le hasard n'a jamais encore satisfait les espoirs d'un peuple qui souffre, et il ne commencera pas aujourd’hui. C’est par la force que les choses changent. Pas nécessairement la force physique, mais plutôt celle mentale et celle intellectuelle.

Stéphane Hessel, dans son livre « Indignez-Vous ! » invitait les gens à trouver des motifs d’indignation. Sont-ce eux qui manquent aujourd’hui, ou nous qui avons arrêté de les chercher ? Dans un passage de ce livre, il dit aux jeunes se trouvant dans les collèges : « Vous n’avez pas les mêmes raisons évidentes de vous engager. » En effet, aujourd’hui, nous n’avons pas à se battre pour mettre fin à l’esclavage ou à la colonisation, ou encore à l’Apartheid. Cette partie du travail a été abattue par nos prédécesseurs. Notre tâche est aujourd’hui tout autre. Nos motifs d’indignation sont et doivent être tout autres. Il suffit de passer la tête par la fenêtre pour en trouver des centaines. Mais hélas ! Il nous est plus facile aujourd’hui de fermer les yeux sur la réalité blessante, que de les ouvrir et laisser couler les larmes d’indignation. L’on préfère envoyer des prières à ceux qui subissent, tout en étant confortablement installés dans nos divans, plutôt que de leur envoyer nos mains, ce dont ils ont réellement besoin. Pas la peine, se dit-on, Dieu pourvoira. Et pourtant Dieu, sans doute, se dit : « Je leur ai donné tout ce qu’il faut, ils pourvoiront ». On attend Dieu, pendant que Lui nous attend. Et pendant ce temps, les choses vont de mal en pis.

S’engager. Voilà un bien beau mot. Un mot que l’on prononce aujourd’hui avec la même facilité que l’on dit au revoir. On se refuse de le conjuguer, particulièrement aux premières personnes, parce qu’on se dit que cela ne nous regarde pas. Ce n’est pas de notre ressort. Et pourtant, l’on se réjouit d’entendre que quelque part, loin derrière les mers, loin, loin, loin, là-bas, certaines gens l’ont conjugué, et n’ont cessé de le faire jusqu’à ce que la mort soit venue les prendre. Nos géants se sont tous engagés pour une cause. Et ils ont donné jusqu’à leur dernière goutte de sueur pour cette cause. Certains n’ont même pas eu la chance de voir le fruit de leur dur labeur. Je pense à Martin Luther King, à Patrice Lumumba, à Thomas Sankara, à Steve Biko, et à tous ces gens qui, dans l’ombre, se sont battus pour une cause. Que penseraient-ils en voyant ce que l’on fait de leur héritage ?

S’engager. Un verbe qui est plus agréable à l’infinitif, parce que là, il n’interpelle personne en particulier. Il faut s’engager, préfère-t-on dire. Mais quand va-t-on entendre : « Je m’engage » ? Bientôt viendra la mort. Bientôt. Un jour. Et la mort, elle, ne sait que conjuguer ce verbe à la première personne, pour notre infini(défini)tif.

Da Writer.

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